Luciolons ensemble!

Lettre écrite suite au week-end d’écriture autour du livre La survivance des Lucioles de Georges Didi-Huberman, le 2 et 3 août 2025

De retour dans notre terre du bout du monde, le chant des goélands remplace les aboiements de Proust, les vagues se substituent à la brume qui planait sur les lucioles du Climont, nous commençons la lecture de La petite lumière d’Antonio Moresco les pieds dans le sable et quelque chose, dans nos têtes, brille un peu plus fort.

Nous repensons à ces deux journées d’atelier, où, avec vous, nous nous sommes transformé.es pour la première fois en enquêteur.ices des lucioles. Où nous avons pu mettre en action les questions inquiètes contenues dans le très beau livre de Georges Didi-Huberman, La survivance des lucioles.

Face à des sociétés en perpétuelle crise, comment continuer à vivre, écrire, aimer, lutter, s’engager ? Comment faire apparaître les mots-lucioles, les images-lucioles, les projets-lucioles qui résistent à la violence contemporaine ?

Après avoir lu ce texte, après avoir discuté, imaginé, rêvé, nous avons échafaudé l’idée d’une enquête littéraire, vivante et collective, qui s’écrirait au cours d’un ou plusieurs voyages, en stop. Se déplacer et confronter nos questions à des inconnu.es non choisi.es, le long des frontières européennes : interroger cette notion dans l’habitacle d’une voiture, un espace de parole où souvent, s’ouvre la porte de l’intime.

Au fur et à mesure des rencontres, des entretiens, l’enquête progresserait et l’on pourrait dessiner une cartographie des lucioles.

Ce week-end était notre toute première enquête, avec vous. On voulait vous réunir autour de ce texte, partager des idées, ce qui vous inspirait et voir ce qui pouvait émerger d’un travail d’écriture collectif.  

Et maintenant, à l’autre bout de la France, nous pensons encore aux phrases prononcées par vous, celles et ceux qui ont écrit autour de cette grande table accueillante du Climont. Vous avez osé les mots « nous sommes condamnés à l’espérance », « la vie engendre la vie », « l’énergie des gens malgré tout », « il suffit d’essayer » et nous pensons alors qu’il y a bien là quelque chose à faire, quelque chose à creuser. Vous nous avez donné de la force pour la route. Merci.

Nous avons aimé être là avec vous et animer ces ateliers d’écriture. 

Vous avez planché et puisé dans vos « réservoirs de mots ». Vous avez créé des petits éclairs de fiction dans des temps impartis toujours trop courts. Dans des entretiens, vous vous êtes posés des vraies questions, celles qui déplacent et en passant, nous avons entendu des bribes de voix murmurer et toi, comment fais-tu pour espérer ?

Vous avez écrit vos prières aux vivant.es et fait résonner les mots de Charlotte Delbo avec vos mots à vous. Vous avez créé et donné forme à ces espérances, modelé et peint des hétérotopies avec des pinceaux et des crayons, des collages. Imaginé des lieux concrets où l’on pourrait abriter l’imaginaire. Vous avez peint sur les bâtiments d’ABC : l’art doit prendre en réparation le monde, à nos rêves partagés de mots fragiles (le sont-ils vraiment ?) pour dire, luciolons ensemble, n’ayons pas peur de croire à la survivance des communautés qui restent ! 

Le soir tombe dans les branches du grand pin, dehors. Nous trions les photos en parlant des voyages à venir. Dans nos oreilles, résonnent les mots d’Adrienne Rich : « I have to cast my lot with those, who, age after age, with no extraordinary power, reconstitute the world” / “ je dois me tenir près de ceux qui d’âge en âge, sans pouvoir extraordinaire, reconstituent le monde ».

Un bout de soleil caresse nos visages avant de disparaître à l’horizon. Bientôt, ce sera l’heure où les lucioles apparaitront. Alors, petit à petit, sans autre pouvoir que celui que nous parlons, nous continuerons, en stop, en voilier, à pied, ici, à Douarnenez, partout dans le monde ou au Climont à chercher les lucioles et à se rencontrer.  

À bientôt, ici ou là, prenez soin des petites lumières,

Jean-Lou et Emma

P.S. Si vous êtes de passage, faites une halte au Climont pour lire les traces des lucioles.

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