Le festival de musique sacrée a chanté la terre au Climont

Le samedi 4 et dimanche 5 octobre 2025

ABC-Climont a proposé dans le off des Sacrées Journées, festival de musique sacrée de Strasbourg, un week-end de rencontres, chants et musiques…

Dans le petit temple du Climont la musique nous a donné souffle, mis en cercle, ouvert à la lumière, faisant le tour de la terre. Face aux fractures du monde, la musique sacrée unit sans uniformiser. Elle éclaire sans dominer. Elle nous appelle à oser la fraternité. Non seulement entre humains, mais avec toutes les créatures !

Le samedi 4 octobre, Beat Föllmi, professeur de musique sacrée et d’hymnologie à la Faculté de Théologie protestante de l’Université de Strasbourg a commencé en présentant la vie de François d’Assise et celle de Milarépa, sage bouddhiste qui invitent, tous deux à célébrer la terre.

Le musicologue a choisi deux versions du Cantique des créatures de François d’Assise et Le chant des labeurs de la terre, un poème mystique bouddhiste de Milarépa, qu’il a mis en musique et dont l’interprétation a été confiée à un quartet de jeunes femmes. Bettina Föllmi a présenté un thangka représentant Milarepa et expliqué les processus de fabrication de ces pièces de tissus ainsi que des explications sur des concepts bouddhistes.

Le lendemain, Yoav Rossano, directeur du patrimoine et Culture au Consistoire Israélite du Bas-Rhin a animé un atelier autour des récits bibliques de Genèse 1 et 2 et Madeleine Zeller, une analyse, du tableau Le Paradis de Marc Chagall.

L’après-midi a été consacré aux répétitions du concert.

Agnès Keller, cheffe de chœur a relevé le gant en dirigeant une chorale éphémère dont elle ne connaissait pas à l’avance le nombre de participants ni leur tessiture.

A 18 h, La violoniste et chanteuse Emma Errera et le guitariste Clément Dague ont ouvert le récital avec brio. Des chants sépharades, ashkénazes ou hassidiques autour de la genèse, tantôt mélancoliques, tantôt joyeux, ont résonné dans le petit temple du Climont pendant une demi-heure.

La chorale improvisée a interprété 4 chansons autour du thème de la terre, accompagnée par Nello Dronne au clavier et Michel Seyer aux percussions leur conférant une atmosphère chamanique.

Ludivine Amann, J.C. Gandemer, Angela Nayar, Louna Tournier – – Petitcolas, également accompagnées par Nello Dronne au piano, ont clos le concert avec l’interprétation du poème Le chant des labeurs de la terre de Milarepa et le Cantique des Créatures de François d’Assise. Le choix des mélodies a conféré un air de modernité à ces textes anciens. Une des chanteuses s’est même essayé à la beatbox avec succès et le public a repris Laudate Si avec joie !

Evelyne De Guille, DNA – Sélestat 09/10/2025

ABC-News : Septembre 2025

Nous devons donc nous-mêmes devenir des lucioles et reformer par là une communauté du désir, une communauté des lueurs émises, de danses malgré tout, de pensées à transmettre.

Georges Didi – Huberman, Survivance des lucioles 

Cher.es ami.es,

Avec le temps qui s’écoule, chaque jour apporte son lot d’incendies à travers le monde.

Il y a le feu qui embrase les forêts, les villages et les territoires, qui sème la désolation et qui s’amplifie avec les dérèglements climatiques jusqu’à échapper à tout contrôle.

Il y a la haine et les mensonges en ligne, qui consument les âmes et enflamment la toile dont les fils tissent un piège qui égare et emprisonne.

Il y a la haine des princes de ce monde, milliardaires autocrates qui manipulent et terrorisent, dont les drones, les missiles et les exactions sont un rouleau de feu destiné à imposer leur « paix ».  

Mais aussi, chaque jour, il y a cette brise légère, joyeuse, fragile, cette petite flamme de la vie nourrie de tendresse et de paix que nous devons protéger et faire grandir, une flamme qui ne détruit pas, qui tisse des liens, qui rend humble et solide.

ABC-Climont, comme tant d’autres, fête cette flamme, comme en ce début octobre avec les Sacrées Journées, où la musique rassemble, apaise, élève et nous rend plus déterminés face à tous les incendies du monde…

Jean-Pierre PIELA, président d’ABC-Climont

Sacrées Journées au Climont !

Le week-end du 4 & 5 octobre 2025
Concert : le dimanche 5 octobre à 18h au Temple du Climont

Le Cantique des Créatures de François d’Assise, Le chant des labeurs de la terre de Milarépa, le jardin d’Eden à travers l’œil de Chagall et la musique klezmer…

La planète vibre de toutes les musiques sacrées du monde. C’est ce que cette image nous dit : Autour de la Terre, la musique devient souffle, cercle, lumière. Elle révèle la part divine de l’humanité. Face aux fractures du monde, la musique sacrée est une réponse. Elle unit sans uniformiser. Elle éclaire sans dominer. Elle nous appelle à oser la fraternité.

Ateliers – Rencontres – Chorale éphémère – Repas – Concert

S’inscrire n’est pas forcément nécessaire, mais nous aide à préparer votre venue : pour le 28 septembre de préférence

Espérance et politique

Attention ! Voici le thème d’ABC-Climont pour 2025. Faire attention, être vigilent, s’engager… Mais où trouver les leviers pour agir face à la polarisation, qui traverse nos sociétés et divise les gens ? Beaucoup ont perdu l’espoir que la politique pourrait nous aider à renouer des liens et sont exaspérés en regardant la scène politique. Nous en parlons avec Louise Morel.

Elue députée de la 6ème circonscription du Bas-Rhin en 2022 à l’âge de 26 ans. Réélue après la dissolution en 2024, la jeune femme ne cesse de souligner que le processus démocratique fonctionne, et elle exhorte jeunes et moins jeunes à s’engager dans l’action politique, pour faire vivre la démocratie.

Cet été, Ulysse Gounelle et Nathan Doude van Troostwijk avaient invité Louise Morel pour le Summerschool d’ABC-Climont pour parler d’espérance et politique avec des jeunes adultes venus du Moyen-Orient, d’Afghanistan, d’Angleterre et de la France.

Danser la vie!

Du samedi 26 juillet au jeudi 31 juillet, Martin et Laurence Gugg nous ont fait danser la valse, le Madison et la Bachata, et nous avons découvert, que la danse est bien plus, que les 4 heures d’apprentissage par jour!

Il s’agit d’une rencontre entre deux personnes, qui cherchent à s’écouter, à guider ou, pas facile, à se laisser guider. Qu’il fallait à deux faire attention aux autres couples dans un même espace. On a touché à nos vulnérabilités, lutté avec la technique, eu des fous rires et des moments de haute concentration, pour se libérer et oser lâcher prise. Et on a vibré de joie tout simplement.

Il y avait ces autres rencontres pour ouvrir la danse différemment encore. Avec des ateliers d’écriture proposés par Anne Prouteau. A chaque jour sa dose de textes et poèmes, de tableaux et fragments de films, où la danse dit tant de choses sur notre désir de vivre.

Voici en quelques mots ce que François Prouteau a partagé autour du livre de Lucy Vincent, neurobiologiste : Faites danser votre cerveau (2018) :

De toute évidence, quand on se risque dans la danse, elle renvoie généreusement l’énergie et le temps qu’on lui donne, elle fait du bien. Non seulement elle permet de s’exprimer dans des mouvements et avec son corps, de se rencontrer autrement dans la relation ou d’éprouver  des sensations agréables de liberté, mais aussi de faire danser notre cerveau comme le souligne Lucy Vincent.

Notre cerveau danse en même temps que notre corps, la danse stimule fortement et de manière tout à fait originale le développement de connexions cérébrales. Car le corps dans la complexité de son évolution, de son fonctionnement, de ses expérimentations et de ses mouvements est lié au cerveau et aux neurones qui se mettent en place et étendent ainsi leurs réseaux. C’est vrai tout particulièrement pour les nouveaux-nés et les jeunes enfants, mais c’est possible aussi à tous les âges de la vie. 

Parmi les organes qui permettent à notre intelligence de se développer en faisant bouger notre corps, il y a le cerebellum ou cervelet. Constitué de 69 milliards de cellules et des liens qu’il peut établir entre différentes autres zones du cerveau (fonctions cognitives, émotionnelles, sensori-motrices), le cervelet joue le rôle d’un véritable chef d’orchestre pour la coordination de mouvements complexes mis en lien avec des réseaux cognitivo-affectifs, comme le montrent de nombreuses études en neurobiologie. La danse offre un terrain de jeux de premier ordre pour exercer son cerveau à tirer profit de la complexité des mouvements et de la maîtrise accrue de toutes les régions du corps entre elles et en relation avec le monde. Dans ce sens, les chercheurs explorent les spécificités de telle ou telle danse. Ainsi, le paso-doble pourrait doper la créativité, le tango forger des liens d’attachement et d’émotions très positives, … Globalement les danses de salon ou des chorégraphies de groupe aident à enclencher ou à réenclancher des mécanismes d’engagement collectif et d’appartenance à un groupe. On connaît la force du haka sur des terrains de rugby ! On a pu l’expérimenter aussi durant la session avec le Madison ou encore avec des danses traditionnelles et leurs cercles circassiens. 

La danse est un moyen unique et puissant pour assurer des interactions avec la plus grande ressource qui soit dans notre environnement : l’ensemble des autres cerveaux humains qui nous entourent, et la danse est un moyen d’exercer nos cerveaux à interagir ente eux par nos corps qui interagissent dans un mouvement dansant. Car la danse comme nul autre art mobilise tout à la fois l’ensemble de notre corps, nos sens et notre intelligence, la maitrise de nos gestes et de nos pas, un espace hospitalier et libérateur de rencontres humaines dynamiques et sans cesse renouvelées, avec l’élégance et la rigueur d’un « cadre » nécessaire à cela comme nos professeurs de danse nous l’ont rappelé très souvent à propos de la valse … 

Alors dansons maintenant !

Avec Chris Doude van Troostwijk, nous avons lu le très beau texte Philosophie de la danse de Paul Valéry . Selon Valéry la danse fait partie des choses qui ne servent à rien. Dans la danse la vie déborde de la nécessité de vivre. Mais c’est justement dans ce surplus, que se trouve toute notre humanité. De ses pas et de ses gestes, la danseuse et le danseur tissent un autre monde. La danse révèle ainsi le principe des arts: l’affirmation qu’un autre monde est possible!

Et puis, il y a eu ce petit bal accompagné par l’accordéon de Quentin André pour terminer :

Grand merci à Danielle Rybienik, qui au pied levé est entrée dans la danse pour nous faire à manger et à Michel, Nathan et Jean-Claude pour les tartes flambées !

… et je danse

J’ai tendu des cordes

de clocher à clocher ;

des guirlandes

de fenêtre à fenêtre;

des chaînes d’or d’étoile à étoile,

et je danse.

Arthur Rimbaud

extrait de « Les illuminations » 1886

L’actualité d’Albert Schweitzer

Pour célébrer son 150ième anniversaire de sa naissance. Le 4 septembre, c’est également le jour de son décès il y a 60 ans.

Parlons espoir !

Du 7 au 11 juillet 2025, un groupe de jeunes adultes venus d’horizons très différents se sont retrouvés au Climont pour parler d’espoir.

Ulysse Gounelle, co-organisateur du Summerschool, nous donne un retour de cette semaine exceptionnelle.

Pour les témoignages des autres jeunes, voir ci-dessous.

 » Cette rencontre avait pour but de créer un espace d’échange sur un sujet qui nous rassemble tous : comment conserver de l’espoir quand le monde tremble sur ses fondations ? Difficultés démocratiques, changement climatique et intelligence artificielle ont été les trois thèmes qui ont rythmé les débats entre les participants. Le fil rouge de ces interventions et discussions était non seulement l’espoir mais aussi l’espérance. Ce terme intraduisible, spirituel, nous a permis de poser la question de l’apport des religions et des convictions personnelles dans les processus démocratiques, la protection de l’environnement et le développement du monde numérique.

Le groupe a rassemblé 14 personnes de nombreuses nationalités : française, libanaise, britannique, palestinienne, néerlandaise, afghane, suisse. Les confessions des participants étaient toutes aussi diverses : chrétiens, juifs, musulmans et athées ont pu paisiblement échanger autour de la table.

La semaine a débuté par une intervention autour de la distinction entre espoir et espérance chez le théologien protestant Jacques Ellul par le philosophe Frédéric Rognon.

Une fois les bases établies, nous avons pu entrer dans le vif du sujet en parlant de l’apport des religions dans les démocraties, en Europe comme au Moyen-Orient, avec Lilia Bensedrine Thabet, co-présidente du comité pour le Dialogue interreligieux et interconvictionnel au sein du Conseil de l’Europe et Mathieu Busch, le directeur de l’Action Chrétienne en Orient (ACO)*.

Le groupe s’est ensuite rendu à Strasbourg pour une journée de visites multiconfessionnelles sur le thème de l’écologie : nous avons été accueillis par la paroisse protestante de Graffenstaden,

la Grande Mosquée de Strasbourg et la communauté juive libérale du centre de Strasbourg.

Martin Kopp et Hala Bounaidja-Rachedi, deux représentants de Greenfaith nous ont expliqué comment leur foi nourrissait leur militantisme face au dérèglement climatique.

Après cette journée chargée, nous avons abordé les thèmes de la technologie et de l’intelligence artificielle. Pour cela, nous avons échangé par visio-conférence avec Louise Morel, députée du Bas-Rhin, et son travail à l’Assemblée Nationale pour la régulation de l’IA.

Puis nous avons débattu avec Cédric Bischetti et Adrien Delaunay, deux entrepreneurs spécialistes de l’intelligence artificielle.

La journée s’est ensuite terminée par une visite du camp de concentration de Natzweiler-Struthof, un lieu où la technologie a justement été employée pour déshumaniser et persécuter.

La semaine s’est close sur une réflexion autour des ressources d’espoir et d’action pour agir, chacun à notre échelle, pour un monde meilleur, pour travailler à la paix, et résister à tous les mouvements qui cherchent à déshumaniser des personnes.

Et puis, ce dernier jour, nous avons appris l’incroyable nouvelle que Hamta, l’une des réfugiées afghanes de notre groupe avait enfin été acceptée à l’école européenne de Strasbourg, après un premier refus en raison de son âge. Elle avait quitté l’Afghanistan avec ses parents et ses deux sœurs à cause de l’arrivée au pouvoir des Talibans, puis a rejoint la France après un long périple.

Son histoire illustre magnifiquement ce qui arrive quand des personnes se mettent à espérer ensemble et agissent : des situations sans issue basculent !

Impossible de ressortir de cette semaine sans un espoir renouvelé. Car une chose est claire : notre humanité nous rassemble bien au-delà de nos différences ! »

Ulysse Gounelle

* Grâce au partenariat avec l’ACO, Areni, Jad et Rafa, les trois jeunes originaires du Liban et de la Palestine ont pu participer. Un grand merci à Mathieu Busch!

Et un grand merci à Isabelle Marx pour la partie cuisine du Summerschool et sa ténacité face à des situations, qui semblent sans issue, comme celle des jeunes femmes Afghanes!


Quelques témoignages

Areni, étudiante en biologie – 23 ans, Libanaise de culture arménienne et de confession protestante

En tant que chrétiens arméniens, nous avons tendance à être focalisés sur notre propre peuple et son histoire douloureuse. Mais au Climont j’ai pu découvrir différentes cultures, entendre les voix opprimées d’Afghanistan ou de Palestine et partager les similitudes que nous avons tous en matière de religion.

A début, j’ai pensé qu’un Summerschool au Climont serait l’occasion idéale de m’éloigner de tout ce qui se passe au Liban. Mais au bout du compte, j’ai passé beaucoup de temps à poser des questions sans fin à mes amis musulmans, voulant tout savoir. Au fil du temps, j’ai découvert une perspective différente sur eux. C’était quelque chose que je n’avais jamais réussi à faire après avoir vécu des années parmi eux au Liban.

Nous avons visité un camp de concentration avec les personnes de notre groupe d’origine juive et palestinienne. Au Liban, cela aurait été impossible. Et c’est justement devant ces baraques où ont lieu tant d’horreurs dans le passé, qu’ils ont parlé de ce qui se passe aujourd’hui en Israël et à Gaza. Les voir partager en paix leur histoire, m’a fait voir mes problèmes quotidiens sous un autre angle.

L’objectif de ce Summerschool était de trouver l’espoir, et je pense que chacun en avait sa propre vision. Cela reflétait très bien leurs origines respectives. Pour les Européens, il s’agissait davantage d’espérer un avenir écologique meilleur, pour les Palestiniens, d’avoir un foyer sûr, pour les Libanais, d’assurer la stabilité fondamentale du pays, pour les Afghanes de pouvoir étudier et travailler. C’était inspirant d’entendre autant d’opinions différentes sur un même sujet, coexistant les unes avec les autres tout en étant toutes valables.

Mon plus grand espoir et ce que je retiens de ces 5 jours, c’est de pouvoir avoir une communauté aussi accueillante que celle que j’ai rencontrée à Climont et prête à partager les origines de chacun.


Rafa, étudiante en soins infirmiers – 19 ans, Palestienne de confession musulmane

Pour la première fois depuis longtemps, je me suis sentie vraiment écoutée. J’ai pu partager ce que signifie vivre sous occupation, comment nous continuons à trouver de l’espoir, comment de petits actes de dignité deviennent de la résistance. J’ai constaté que de nombreux participants n’avaient jamais rencontré de Palestinien auparavant. À la fin de la semaine, ils ne se contentaient pas d’apprendre des choses sur la Palestine, ils se sentaient concernés. Ils posaient des questions plus profondes. C’est ce qui m’a le plus touchée. J’ai également eu la chance d’entendre d’autres personnes – de différents pays et croyances – qui sont confrontées à leurs propres formes d’ébranlement, ce qui m’a montré que même si les luttes sont différentes, l’aspiration à l’espoir nous relie.

L’un des moments les plus forts a été celui où nous avons parlé de la démocratie et de la foi. J’ai expliqué qu’en Palestine, malgré tout, les gens continuent de rêver de justice et de liberté, et que notre foi joue un rôle important dans la préservation de cet espoir. J’ai trouvé très significatif de pouvoir dire que ma foi en l’islam renforce ma foi en la justice, la participation et la dignité, qui sont toutes au cœur de la démocratie, et que pour moi, l’islam n’est pas en contradiction avec la démocratie, mais qu’il en est une de ses sources.


Jad, étudiant en gestion informatique – 19 ans, Libanais de confession protestante

Venant du Liban, où nous sommes confrontés à une grave crise économique ainsi qu’à des conflits et à une instabilité permanents, l’espoir est quelque chose dont notre peuple a profondément besoin. Ce thème a vraiment résonné en moi.

L’une des activités les plus mémorables a été la visite d’une église, d’une mosquée et d’une synagogue en une seule journée. En tant que chrétien, j’ai trouvé enrichissant de découvrir d’autres religions, leurs croyances et leurs traditions. L’accueil chaleureux que nous avons reçu de notre arrivée jusqu’à notre départ nous a fait chaud au cœur.

Il est difficile d’exprimer mon expérience en quelques mots, mais le temps passé ensemble était vraiment spécial et unique. Vivre avec des personnes de religions, d’origines différentes pendant près d’une semaine a été pour moi une expérience nouvelle qui m’a ouvert les yeux. Au début, je pensais qu’il serait difficile de nouer des liens avec des personnes d’origines aussi diverses, mais tout au long de la semaine, j’ai découvert que nous partagions beaucoup de préoccupations, de défis et même d’espoirs pour l’avenir.


Ulysse, étudiant en science po – 20 ans, français de confession protestante

Mettre des noms derrière les statistiques, mettre un humain derrière les nouvelles froides et abstraites venant du Liban, de Palestine, d’Afghanistan, aura été une expérience transformante. Surtout, se rappeler encore et toujours que les idéaux que l’on a n’en sont que quelques-uns parmi d’autres. Que notre mode de vie n’en est qu’un parmi d’autres.

Cette recherche de la coexistence, la rencontre de l’autre, premier pas de la paix, aura caractérisé toute cette superbe semaine passée dans les Vosges à réfléchir, échanger, débattre avec d’autres personnes, si différentes mais si similaires à la fois.

C’est une parenthèse d’espoir qui s’est ouverte grâce à cette école d’été, et j’espère sincèrement qu’elle restera ouverte pendant longtemps.

Anna, étudiante en biologie – 19 ans, franco – grecque – néerlandaise, étudiant en Angleterre, athée

Quand nos réflexions autour de l’intelligence artificielle, nous renvoient à penser notre humanité :

Pour moi, être humain veut dire subir l’expérience humaine. L’expérience humaine c’est vivre dans le monde physique, être vulnérable aux éléments de la terre et de l’espace, comme ressentir la chaleur du soleil sur son visage ou le vent d’un orage violent et inattendu. C’est philosopher, avoir des ambitions et des envies, mettre un place des projets et les abandonner puis les réessayer et les achever. C’est faire partie d’une société ou d’une communauté ou tout simplement exister en tant que petite pièce qui compose le puzzle gigantesque de l’humanité. C’est apprendre, faire de l’art, chercher un sens dans notre existence. C’est avoir des liens avec des gens, qu’ils soient profonds ou frivoles, longs ou courts, des connexions qui nous changent pour le meilleur ou pour le pire, qui nous font penser, grandir, ressentir, qui nous donnent une joie de vivre. L’expérience humaine c’est aussi la perte. C’est le fait que dans ce monde rien ne nous appartient réellement, nos affaires comme ceux qu’on aime comme même notre propre corps, qui ne fait pas exception au vieillissement et éventuellement à la mort. L’humanité est belle et précieuse par défaut de sa fragilité. Penser, apprendre, et ressentir est fait par des milliers de connections synaptiques en un clin d’œil, c’est la complexité que la vie nous a offerte en tant qu’humains.
L’expérience humaine c’est l’évolution, à la fois individuellement et en tant qu’espèce. Notre existence à ce jour présent est le résultat d’une descendance et réplication continue provenant d’une seule cellule, il y a plus de 4 milliards d’années. Nous n’avons jamais cessé d’exister depuis notre création, et de même en tant que personne nous vivons et éprouvons la vie du berceau à la tombe.
Pour moi c’est ça être humain, le fait qu’on ne peut pas s’éteindre et redémarrer, et qu’on soit exposés au monde physique dans les limites et permissions de notre corps et des lois de la nature.

Edna, étudiante de théâtre en Angleterre – 20 ans, franco – anglaise et simplement rien en termes de religion 🙂

My experience with this summer school was really fruitful and inspiring. It offers so many viewpoints and so much food for thought, facilitating all kinds of discussions that help to deepen our understanding of others and ourselves. Hope is a seed planted within the youth of a society, and grown into branches across generations, this workshop uncovered the hope that may have previously been dormant within a group of young people. Loss of hope occurs when we are dazed with misunderstanding, sunk in disconnection or a victim of lifes misfortunes. If we can connect again, learn again and be cared for, even just for a moment, hope can exist.

Mon expérience avec cette université d’été a été très enrichissante et inspirante. Elle offre tellement de points de vue et de matière à réflexion, facilitant toutes sortes de discussions qui aident à approfondir notre compréhension des autres et de nous-mêmes. L’espoir est une graine plantée dans la jeunesse d’une société, qui se développe en branches à travers les générations. Cet atelier a permis de révéler l’espoir qui était peut-être jusqu’alors latent chez un groupe de jeunes. La perte d’espoir survient lorsque nous sommes aveuglés par l’incompréhension, plongés dans la déconnexion ou victimes des malheurs de la vie. Si nous pouvons à nouveau nous connecter, apprendre et être aimés, ne serait-ce que pour un instant, l’espoir peut exister.

Et l’espoir vu par Anosha, Hamta, Negin, Weeda et Nathan :

Foule Sentimentale

Cette semaine une chorale éphémère s’est constituée au Climont pour préparer le concert d’été de ce samedi!

La première répétition lundi 11 août 2025

Luciolons ensemble!

Lettre écrite suite au week-end d’écriture autour du livre La survivance des Lucioles de Georges Didi-Huberman, le 2 et 3 août 2025

De retour dans notre terre du bout du monde, le chant des goélands remplace les aboiements de Proust, les vagues se substituent à la brume qui planait sur les lucioles du Climont, nous commençons la lecture de La petite lumière d’Antonio Moresco les pieds dans le sable et quelque chose, dans nos têtes, brille un peu plus fort.

Nous repensons à ces deux journées d’atelier, où, avec vous, nous nous sommes transformé.es pour la première fois en enquêteur.ices des lucioles. Où nous avons pu mettre en action les questions inquiètes contenues dans le très beau livre de Georges Didi-Huberman, La survivance des lucioles.

Face à des sociétés en perpétuelle crise, comment continuer à vivre, écrire, aimer, lutter, s’engager ? Comment faire apparaître les mots-lucioles, les images-lucioles, les projets-lucioles qui résistent à la violence contemporaine ?

Après avoir lu ce texte, après avoir discuté, imaginé, rêvé, nous avons échafaudé l’idée d’une enquête littéraire, vivante et collective, qui s’écrirait au cours d’un ou plusieurs voyages, en stop. Se déplacer et confronter nos questions à des inconnu.es non choisi.es, le long des frontières européennes : interroger cette notion dans l’habitacle d’une voiture, un espace de parole où souvent, s’ouvre la porte de l’intime.

Au fur et à mesure des rencontres, des entretiens, l’enquête progresserait et l’on pourrait dessiner une cartographie des lucioles.

Ce week-end était notre toute première enquête, avec vous. On voulait vous réunir autour de ce texte, partager des idées, ce qui vous inspirait et voir ce qui pouvait émerger d’un travail d’écriture collectif.  

Et maintenant, à l’autre bout de la France, nous pensons encore aux phrases prononcées par vous, celles et ceux qui ont écrit autour de cette grande table accueillante du Climont. Vous avez osé les mots « nous sommes condamnés à l’espérance », « la vie engendre la vie », « l’énergie des gens malgré tout », « il suffit d’essayer » et nous pensons alors qu’il y a bien là quelque chose à faire, quelque chose à creuser. Vous nous avez donné de la force pour la route. Merci.

Nous avons aimé être là avec vous et animer ces ateliers d’écriture. 

Vous avez planché et puisé dans vos « réservoirs de mots ». Vous avez créé des petits éclairs de fiction dans des temps impartis toujours trop courts. Dans des entretiens, vous vous êtes posés des vraies questions, celles qui déplacent et en passant, nous avons entendu des bribes de voix murmurer et toi, comment fais-tu pour espérer ?

Vous avez écrit vos prières aux vivant.es et fait résonner les mots de Charlotte Delbo avec vos mots à vous. Vous avez créé et donné forme à ces espérances, modelé et peint des hétérotopies avec des pinceaux et des crayons, des collages. Imaginé des lieux concrets où l’on pourrait abriter l’imaginaire. Vous avez peint sur les bâtiments d’ABC : l’art doit prendre en réparation le monde, à nos rêves partagés de mots fragiles (le sont-ils vraiment ?) pour dire, luciolons ensemble, n’ayons pas peur de croire à la survivance des communautés qui restent ! 

Le soir tombe dans les branches du grand pin, dehors. Nous trions les photos en parlant des voyages à venir. Dans nos oreilles, résonnent les mots d’Adrienne Rich : « I have to cast my lot with those, who, age after age, with no extraordinary power, reconstitute the world” / “ je dois me tenir près de ceux qui d’âge en âge, sans pouvoir extraordinaire, reconstituent le monde ».

Un bout de soleil caresse nos visages avant de disparaître à l’horizon. Bientôt, ce sera l’heure où les lucioles apparaitront. Alors, petit à petit, sans autre pouvoir que celui que nous parlons, nous continuerons, en stop, en voilier, à pied, ici, à Douarnenez, partout dans le monde ou au Climont à chercher les lucioles et à se rencontrer.  

À bientôt, ici ou là, prenez soin des petites lumières,

Jean-Lou et Emma

P.S. Si vous êtes de passage, faites une halte au Climont pour lire les traces des lucioles.

La survivance des Lucioles

Ateliers d’écriture & Balade nocturne : le 2 et 3 août 2025

L’écrivaine Emma Doude van Troostwijk et Jean-Lou Granville lisent Didi-Huberman, auteur du livre « La survivance des Lucioles » et proposent un week-end avec des ateliers d’écriture et une balade nocturne pour capter les traces des Lucioles.

Car s’il y a tout lieu d’être pessimiste, il est d’autant plus urgent d’ouvrir les yeux dans la nuit et de se remettre à la quête des lucioles.

Il reste encore de la place pour les ateliers d’écriture:

Départ de la balade nocturne : samedi 2 août à 21h devant le Temple du Climont ( En cas de mauvais temps, nous nous retrouvons à l’intérieur au Promontoire, 6 route des Crêtes, 67220 Urbeis -Le Climont).

Consigne pour la balade : Emmenez avec vous un texte de 3 minutes maximum qui vous porte et vous donne de l’espoir. Ce texte peut être un extrait de roman, un poème, une chanson, un album jeunesse, peu importe, il faut que ce soit des mots qui vous donnent de la force et que vous avez envie de partager.

Balade : gratuite – plateau